Art is the Answer ! Artistes et designers libanais contemporains
Les 24, 25 et 26 avril 2012

A l’occasion de l’exposition Art is the answer !, la Fondation Boghossian souhaite mettre l’accent sur des démarches artistiques qui résistent obstinément aux mensonges et aux ombres menaçant le monde actuel, qui ne doutent pas qu’il soit possible de revendiquer un « ré-enchantement » du monde par la force d’un acte artistique.

Nombreux sont les artistes qui remettent en question les stéréotypes de l’ici et de l’ailleurs, annonçant d’autres équilibres et affinités, d’autres traductions du réel. En ces lieux de la création existent la diversité et le mouvement dans un renversement de perspectives : l’art y permet de construire des histoires et des géographies autrement qu’elles ont été vécues, entre visible et invisible.

Certains de ces engagements artistiques menés au Liban témoignent de la complexité et de la vitalité de ce pays composé d’une multitude de cultures.

Les questions, réflexions et critiques proposées ici mettent en miroir ces relations et équilibres instables, une mémoire blessée par la guerre, et leur opposent avec poésie et humour les libertés d’un autre monde, celui de l’art.

Voir le programme

19 heures : Introduction des rencontres par Jean Boghossian, Président de la Fondation Boghossian.

19h15 : Les entre-mondes, par Seloua Luste Boulbina

Au sein d’une culture occidentale historiquement dominatrice, existe-t-il des territoires où les paroles des arabes peuvent trouver des résonances singulières ? Les « entre-monde », concept forgé par Edward W. Saïd, ces lieux de l’art et de la littérature, peuvent-ils devenir un fil conducteur pour dire les déplacements et les migrations permettant de construire un nouveau langage et d’instaurer de nouvelles esthétiques ?

20h15 : Suspended spaces, par Françoise Parfait et Eric Valette

Il existe des espaces sensibles, fragiles, provisoires, dont le devenir a été bousculé par des conflits politiques, économiques ou historiques. Ces espaces rendent la création artistique nécessaire et légitime.

Constitué de chercheurs et d’artistes, le collectif Suspended Spaces s’est intéressé à une ville «fantôme» de l’île de Chypre et poursuit actuellement son projet au Liban avec la production de textes, d’oeuvres, de tables rondes, de projections et d’expositions.

21h30 : Drink avec les orateurs

Villa Empain, le 25 avril 2012

19 heures : A propos de la Lebanese Rocket Society, conversation entre Khalil Joreige et Léa Gauthier

L’aventure de la Lebanese Rocket Society est née au début des années 1960 à l’Université arménienne Haigazian dans le but de concevoir des fusées pour l’exploration et l’étude de l’espace. Aujourd’hui, il serait impossible de laisser une petite équipe de rêveurs lancer des fusées dans le ciel du Proche-Orient.

Avec Joana Hadjithomas, Khalil Joreige s’est inspiré de cette aventure pour concevoir une vaste installation artistique mêlant sculpture, impressions digitales sur bois, photographies, tapis, son et mouvements.
S’inspirer d’un projet spatial au Liban, c’est raconter des histoires qui perforent la grande Histoire, évoquer l’optimisme de ces années-là et analyser les raisons de l’oubli de cette aventure.

20h30 : Drink avec les orateurs

21 heures : Projection du film Je veux voir, réalisé par Khalil Joreige et Joana Hadjithomas en 2008, avec Catherine Deneuve et Rabih Mroué.

Villa Empain, le 26 avril 2012

19 heures : Pourquoi un musée, pourquoi un mémorial ?

Table ronde et débats avec les artistes Alfred Tarazi, Sirine Fattouh et Mohamad-Said Baalbaki, animés par Diane Hennebert.

Partant de leurs expériences artistiques respectives, les invités partageront différentes visions du rôle de l’art dans un monde confronté aux turbulences actuelles, notamment aux révolutions et contestations du monde arabe.

21 heures : Drink avec les orateurs

Présentation des orateurs

Mohamad-Said Baalbaki, artiste libanais, vit actuellement à Berlin et y poursuit ses recherches artistiques, dont une réflexion sur la perception de l’espace muséal et la valeur donnée par le public aux objets et oeuvres qui y sont exposés. C’est de cette démarche qu’est née Al Burak, une grande installation en trois phases conçue comme un département muséal à partir de la figure légendaire de la monture à tête humaine du prophète Mahomet. Cette fiction méticuleuse d’une trouvaille archéologique à Jérusalem et de son analyse par deux scientifiques allemands du début du XXe siècle mettent en perspective les croyances, le savoir et les échanges entre cultures occidentales et orientales, tout en posant la question de la vérité et de la falsification de l’Histoire.

Seloua Luste Boulbina est philosophe, docteur en science politique et directrice de programme au Collège international de Philosophie, ainsi que chercheuse associée au Centre de Sociologie des pratiques et représentations politiques à l’Université Paris Diderot. Spécialiste des questions postcoloniales, elle étudie la décolonisation des savoirs et a publié de nombreux ouvrages et études, dont Réflexions sur la postcolonie (Ed. PUF, 2007), Le singe de Kafka et autres propos sur la colonie (Ed. Parangon, 2008), Algérie indépendance, photographies de Marc Riboud (Ed. Le Bec en l’air, 2009), Les arabes peuvent-ils parler ? (Ed. Black Jack, 2011), Monde arabe : rêves, révoltes et révolutions (revue Lignes, octobre 2011). Elle participe également au collectif artistique et philosophique Suspended Spaces.

Sirine Fattouh, née au Liban, vit entre Beyrouth et Paris où elle termine actuellement une thèse en arts plastiques et sciences de l’art, et enseigne à l’Université Paris 1 Sorbonne. Elle mène également une carrière d’artiste, dont la singularité consiste à interpeller le public en questionnant et détournant des événements issus de contextes réels, politiques ou sociaux

Léa Gauthier est philosophe, conférencière et critique d’art. Après avoir été rédactrice en chef du magazine Mouvement, elle crée en 2008 les éditions Blackjack qui se consacrent à la création contemporaine et à la pensée actuelle. En novembre 2011, Blackjack éditions a lancé la collection Pile ou face, mettant en jeu des réflexions liées aux préoccupations postcoloniales. Les Arabes peuvent-ils parler ? de Seloua Luste Boulbina / Dans l’ombre de l’Occident et autres propos d’Edward W. Saïd et Manifeste anthropophage d’Oswald de Andrade /Anthropophagie Zombie de Suely Rolnik sont les deux premiers opus de la collection.

Cette année 2012, Blackjack éditions lance F., une collection dédiée aux questionnements sur la place des femmes, dont le livre inaugural est une nouvelle traduction d’un texte jusqu’alors indisponible en français de Virginia Woolf, Trois Guinées. En ce mois d’avril, Suspended spaces Beyrouth et Akram Zaatari, discussion avec un cinéaste imaginaire: Avi Mograbi, sortent aussi de presse.

Khalil Joreige et Joana Hadjithomas, nés tous deux à Beyrouth, travaillent conjointement en tant que cinéastes et plasticiens. Ils ont réalisés plusieurs courts-métrages et des longs-métrages de fiction, dont Je veux voir a été présenté au Festival de Cannes en 2008 dans la sélection officielle et a obtenu le Prix des critiques français du meilleur film singulier. Ensemble, ils ont aussi créé plusieurs installations photo et vidéo et exposent régulièrement leurs oeuvres dans le monde arabe, en Europe et aux USA. Ils enseignent au Liban et en Europe, font l’objet de nombreuses publications et participent au Liban à l’aventure de Metropolis, salle d’art et d’essai, à l’Ecole Home workspace de Ashal Alwan et à la société de production Abbout Productions.

Françoise Parfait est artiste et professeur en arts plastiques et nouveaux médias à l’Université de Paris 1 Panthéon Sorbonne. Ses recherches, tant pratiques que théoriques, concernent la question des images temporelles dans le champ de l’art. On lui doit de nombreux textes et études analysant la pratique de la vidéo par certains artistes (Dan Graham, Victor Burgin, Thierry Kuntzel, David Claerbout) ou comme dispositif d’exposition.

En 2001, elle publie Vidéo : un art contemporain (Ed. du Regard). Elle est également très active dans le collectif Suspended Spaces qui oeuvre à partir d’une réflexion sur des espaces sensibles, fragiles et provisoires, rendant la démarche artistique nécessaire.

Alfred Tarazi vit et travaille à Beyrouth. Artiste, il explore différents médias et témoigne d’une réflexion complexe sur les conséquences des attentats et de la guerre. Membre de l’Atelier Hapsitus fondé par Nadim Karam, à la recherche d’un vocabulaire urbain alternatif, Alfred Tarazi a également créé The Feel Collective, un groupe actif dans le domaine culturel à Beyrouth, et qui développe design et art contemporain au coeur de différentes villes arabes.

Eric Valette est artiste et maître de conférences à l’Université de Picardie Jules Verne à Amiens et travaille plus particulièrement sur les questions de la représentation, du rapport au réel et de la perspective. Dans son travail plastique, il utilise le plus souvent la vidéo et a exposé notamment à Beyrouth (Beirut Art Center), Paris (Centre Georges Pompidou), Zagreb, Mexico et Bruxelles. Il participe au collectif Suspended Spaces et a publié de nombreux textes et articles (L’art au temps des appareils; Une stratégie de la subversion, Ed. L’Harmattan, 2005).