La restauration de la Villa Empain

La Villa Empain nous offre l’histoire d’un immeuble d’exception, construit à une période ou l’architecture faisait la fierté de Bruxelles. Mais avec le temps et son destin tourmenté, le bâtiment s’est dégradé au point de ne plus être que l’ombre de ce qu’il avait été pendant quelques décennies. Or, pour qu’un élément majeur du patrimoine architectural puisse survivre, il faut l’aimer, le respecter et le reconnaître comme une œuvre à part entière.

Dans le domaine du patrimoine architectural, chaque projet de restauration est singulier et nécessite un soin particulier qui débute avec la découverte du lieu, de son histoire et de son état. En ce qui concerne la Villa Empain, acquise en 2006 sur les conseils de l’architecte Philippe De Bloos par la Fondation Boghossian, les premières recherches qui ont permis de lancer sa restauration se sont basées sur un mémoire réalisé en 1995 par l’architecte Stephane Dusquesne à la Katholieke Universiteit de Leuven. Cette étude comprend une recherche historique, un relevé fort complet et des photos de l’immeuble avant sa destruction partielle survenue au début des années 2000. Un heureux hasard a fait de Stephane Duquesne le responsable en charge du dossier à la Direction des Monuments et Sites de la Région de Bruxelles-Capitale.

Cette première étape reposait aussi sur les éléments historiques disponibles: documents anciens, plans, photos, objets d’époque, courriers et témoignages. Carlo Chapelle, engagé par l’architecte Francis Metzger pour effectuer ces recherches, a travaillé six mois pour rassembler les informations utiles. Si ce travail a constitué une base de donnés précieuse, il faut toutefois admettre que de telles études historiques laissent toujours des zones d’ombre que l’observation sur le terrain devrait permettre de combler. Quoi qu’il en soit, il s’agit de s’inscrire sur une ligne du temps au départ d’un lieu existant, de tenter de créer une sorte de dialogue harmonieux avec le passé, de comprendre l’esprit de l’architecte d’origine, trouver le moyen de revenir aux sources avec des éléments contemporains pour que le bâtiment puisse (re)vivre et s’inscrire avec éclat dans le présent et l’avenir.

Pour compléter l’information historique, une investigation plus approfondie a donc été effectuée sur le site dès 2007. Cette observation a permis de dégager quantité d’informations concernant les systèmes de constructions et leur mise en œuvre, l’identification des matières, des couleurs, des techniques. Des prélèvement ont été effectués et envoyés en laboratoire. Les sondages chromatiques réalisés par l’Institut Royal du Patrimoine Artistique ont aussi été très précieux dans ces recherches.

A partir d’une connaissance plus approfondie de l’état d’origine, des transformations ultérieures, de l’état des dégradations, des données programmatiques livrées par la Fondation Boghossian et des exigences patrimoniales de la Commission royale des Monuments et Sites, il a été possible de formuler les propositions de la restauration de la Villa Empain. Ces propositions ont été soumises par le bureau d’architecture MA2 à la Région de Bruxelles-Capitale dont les services concernés ont, dès 2007, suivi ce projet avec la plus grande attention.

La restauration de la Villa Empain a été complexe. Il est rare d’observer une telle qualité de matériaux dans la construction d’une maison privée. Mais il est également rare de constater de tels dégâts causés sans scrupules dans un édifice de cette valeur !

Pour restaurer la villa, il a fallu choisir des entrepreneurs et des artisans hautement qualifiés. L’association momentanée des entreprises générales Valens et Jacques Delens a été désignée pour la réalisation des travaux. Elle a par la suite été complétée par l’entreprise Dimension 7 pour la remise en état de la piscine et de ses abords extérieurs. Certaines techniques de restauration ou de remplacement étaient peu courantes : remplacement de la toiture en cuivre, restauration des encadrements de fenêtres rehaussés de feuilles d’or de 23.75 carats, remise en état des marbres « bois jourdan » ou « Escalette », restitution et restauration de bois précieux (ronce et loupe de noyer, palissandre veiné, manilcara), restauration d’une verrière d’art et de ferronneries,…

Le chantier achevé après deux ans de travaux, chacun a eu le sentiment que la villa s’était toujours présentée sous cet aspect éclatant. C’est fou ce qu’on oublie vite les inconforts d’un chantier quand le résultat est à la hauteur des résultats espérés !
En retrouvant la cohérence de la villa, la mémoire a vite effacé les souffrances subies par l’édifice et c’est peut-être le plus bel hommage rendu à l’équipe chargée de cette délicate restauration.