Speaker One. Le voyage
20 novembre 2014

Une performance musicale de l’artiste Joris van de Moortel,
le 20 novembre 2014 à 20 heures dans le cadre de l’exposition Music Palace, à la Villa Empain

A la fois peintre, sculpteur, musicien et performer, l’artiste belge Joris van de Moortel tire parti de l’architecture et du contexte dans lesquels il développe ses oeuvres, y laissant les traces de son processus créatif. A la Villa Empain, il présente Speaker One, une sorte d’ampli gigantesque qui invite à un étrange voyage où le corps fait partie intégrante de l’architecture et où chaque mouvement esquissé à un résultat sonore. Ici, la relation traditionnelle entre musicien et public est radicalement bousculée : le public devient musicien en pénétrant dans Speaker One; les musiciens et les sons se fondent en une grande sculpture vibrante.

Le 20 novembre prochain, l’exposition Music Palace restera accessible jusqu’à 20 heures.

Courtesy Joris Van de Moortel & Galerie Nathalie Obadia.
© We Document Art

Compte tenu du nombre limité de places, nous vous remercions de nous confirmer votre présence avant le 15 novembre 2014.
Par mail : info@boghossianfoundation.be
Par téléphone : +32 (0)2 627 52 30

Prix des places : 10€ par personne | 5€ pour les membres du Cercle des Amis de la Villa Empain et de la Fondation Boghossian.
N’hésitez pas à nous contacter pour d’autres précisions concernant cette soirée exceptionnelle.

« Texte de présentation par l’artiste »

Invitation au voyage

Vous y voilà… plantés là, en plein voyage au cœur d’un gros ampli, d’un énorme ampli. Des chants résonnent profondément et s’entrechoquent autour de votre crâne. A l’intérieur de l’ampli, il n’y a plus de lien avec le monde extérieur ou avec le public. Des images de violence – la colère doit être la réponse naturelle d’un esprit jeune… L’échec, jusqu’à un certain point, vaut le succès, il élève le corps dans le son.

La pilule psychédélique – un voyage au coeur de Speaker One. C’est pendant les répétitions que je donne le meilleur. Répétez, encore et encore, jusqu’à ce que toutes les pièces du puzzle s’assemblent. Parfois, on assassine le morceau; parfois il y a un instant de grâce et puis, tout fiche le camp définitivement, tout se désintègre sous les yeux de deux ou trois spectateurs, des membres du groupe.

Comment faire de la répétition un événement en direct, « vivant » ? Comment réinvestir l’énergie, le succès et l’échec dans l’angoisse de l’entrée en scène devant un public ? Ou bien le « direct » (le « vivant » ?) est-il juste une autre étape dans le processus de répétition ?

Voyage sans fin à la recherche du bon ampli, de l’instrument qui fera dériver jusqu’à un autre rivage… J’ai finalement décidé d’en construire un, en combinant différents éléments que j’apprécie dans les amplis. Eléments importants : la taille – un corps assez grand pour répondre à la puissance des haut-parleurs – et les haut-parleurs eux-mêmes – des basses profondes, des aigus développés et des médiums ajustés. Tout ampli classique possède une architecture spécifique qui affecte le son. Le son tient au câblage, aux tubes, à un bon ensemble de haut-parleurs, mais aussi et en grande partie à l’architecture de l’ampli.

Le voyage vous emmène dans un baffle, ou plutôt dans une grotte. Chaque mouvement, chaque pas que vous esquissez a un résultat. A l’intérieur du haut-parleur, le corps devient un obstacle qui dirige les ondes sonores dans différentes directions. Il fait alors partie intégrante de l’architecture qui définit le son de l’ampli. D’un autre côté, c’est juste un essai, un essai à grande échelle pour une construction ultérieure…

Mais où est la scène ?
Historiquement, musiciens et public ont toujours été séparés selon un agencement théâtral classique : les artistes devant, le public en face ou autour.

Dans ce voyage, comment fonctionne l’espace ? Ce qui m’intrigue, c’est la relation entre le musicien, le public et la scène en ce début du XXIe siècle.
Dans Speaker One, la relation habituelle entre la scène, le public et le musicien est mise sens dessus dessous. Vous êtes le musicien : votre scène se trouve à l’intérieur de l’ampli, cachée aux yeux du public. Membre du public, vous devenez un musicien en pénétrant Speaker One et en modifiant le son par votre propre corps. Si vous restez à l’extérieur, la scène et les musiciens disparaissent, ils sont cachés dans l’ampli. Ils deviennent des particules, transformés en un son unique et massif produit par l’ampli. Ainsi, la scène, les musiciens et le son se fondent en une grande sculpture vibrante. Comme pour un ampli classique, les musiciens qui se trouvent à l’intérieur définissent l’architecture du son.

La relation entre l’ampli et le musicien se disloque. En regardant Speaker One, le public prend possession du territoire du musicien – habituellement proche de son ampli, de l’outil qui lui permet de s’exprimer. Si l’on fait la comparaison avec la disposition classique, il semble y avoir un second public. Peut-être regarde-t-il le premier public qui, en entourant l’ampli, deviendrait le vrai protagoniste ?

Petits conseils de voyage :

Préparez-vous à un voyage, à un long voyage.
Allumez l’ampli. Laissez le son venir à vous. Attendez puis réagissez.
Une improvisation ouverte raconte plus de choses que n’importe quelle musique écrite.
L’improvisation est une forme extrême de production musicale. Vous courez les mêmes risques qu’un laveur de vitres qui se balance sur la façade d’un gratte-ciel. Gardez à l’esprit que l’improvisation n’est pas une échappatoire facile.
Votre instrument est votre conseiller spirituel. Si vous l’écoutez attentivement, il vous amènera, impavide, sur des terres inconnues.
Vous pouvez le faire, alors faites-le.
La musique est moins improvisée qu’on pourrait le croire. La musique fait partie d’un tout. C’est une langue maternelle, et comme tant d’autres choses, elle accompagne notre voyage quotidien.
L’énergie, c’est une question d’instant. Elle ne se contrôle pas – ni la vôtre ni celle du public. Elle exclut même l’énergie électrique de l’ampli. Elle est le coeur de l’impro.