La Fondation Boghossian est exceptionnellement fermée le samedi 18 septembre 2021

Les Midis de la Poésie investissent la Fondation Boghossian lors de deux événements consacrés à la poésie du monde arabe. La première soirée littéraire rend hommage au Liban, avec la rencontre de deux écrivains, Ryoko Sekiguchi, poétesse et écrivaine Japonaise, et Charif Majdalani, auteur libanais de langue française. Ils évoqueront avec Soraya Amrani leurs ouvrages récents qui explorent avec une infinie sensibilité la catastrophe des explosions ayant frappé Beyrouth le 4 août 2020.

 

961 heures à Beyrouth (et 321 plats qui les accompagnent) (P.O.L. 2021)

Dans Ce n’est pas un hasard (P.O.L 2011), écrit dans le contrecoup de la triple catastrophe de Fukushima, Ryoko Sekiguchi abordait la question de la « veille de la catastrophe ». En arrivant à Beyrouth en 2018, elle ne pouvait pas se douter que cette ville était à son tour menacée par des drames imminents, la révolte anti-corruption en février 2020 et la terrible explosion du port de Beyrouth en août. Durant sa résidence d’un mois et demi, 961 heures précisément, elle avait prévu de faire le portrait de la ville à travers les gestes des cuisiniers et les histoires de cuisine partagées par les Beyrouthins. Ce projet d’écriture a été en partie bouleversé. Ce devait être un livre de cuisine savoureux, rempli de la joie du partage. L’idée était forte : dans une société multiethnique et multiconfessionnelle, une étrangère peut voir s’ouvrir à elle plus de portes qu’aux habitants. Mais l’autrice comprend alors que le la ville qu’elle explore devient « la ville d’avant l’explosion du 4 août 2020 ». Le livre est composé de 321 micro-chapitres qui tous font écho d’une certaine façon à une recette de cuisine, un plat, une saveur qui représentent pour Ryoko une tradition, un mythe, une transmission.

 

Beyrouth, journal d’un effondrement (Actes Sud 2020)

Le livre commence à prendre forme au début de l’été 2020. Dans un Liban ruiné par la crise économique et l’inflation, dans un Beyrouth épuisé qui se soulève pour une vraie démocratie alors que le monde est pétrifié par le coronavirus, Charif Majdalani entame la rédaction d’un journal. Il entend témoigner de cette période terrible et déroutante, la confronter à son expérience, à ses réflexions et à ses émotions – peut-être aussi espère-t-il la supporter grâce à l’écriture.
Cette chronique de l’étouffement et de l’effondrement, non dénuée d’une paradoxale légèreté, se trouve percutée le 4 août par l’explosion dans le port de la ville de 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium. Devenu témoignage du cataclysme, ce récit très sensible aux détails du quotidien dresse le portrait d’une cité stupéfiée par la violence de sa propre histoire, dont les habitants chancellent puis se redressent, jouets d’un destin aussi hasardeux que cruel.

 

La journaliste culturelle Soraya Amrani a travaillé pour Arte Belgique, La Première et Musiq’3 et anime aujourd’hui les chroniques culture de la radio BX1. A la tête de la Charge du Rhinocéros de 2016 à 2020, elle y développe des projets en FWB mais aussi autour du pourtour méditerranéen singulièrement avec la scène tunisienne et plus largement en Afrique (Congo, Burkina Faso, Maroc).