Depuis 150 ans, Beyrouth connaît une succession de croissances débridées, de guerres, de crises économiques et sociales et de flux migratoires. C’est dans cet environnement qui, sans cesse, se peuple, se détruit, se reconstruit, se désagrège et se recompose que Gregory Buchakjian a entamé, de 2009 à 2016, une thèse de doctorat doublée d’une démarche artistique autour d’édifices délaissés promis à des démolitions inéluctables.

La recherche inclut la tentative utopique de faire l’inventaire : près de 750 immeubles, hôtels et maisons disséminés dans la ville ont été répertoriés. En parallèle, l’auteur a effectué une documentation photographique, récolté des témoignages et, avec Valérie Cachard, recueilli des décombres plusieurs centaines de documents officiels, photographies, cartes postales, cartes de vœux, lettres et autres effets personnels, dévoilant les vies des anciens habitants.

Le parcours alternait, d’une part, le caractère documentaire avec un aperçu de l’évolution des formes architecturales et une investigation autour d’un lieu spécifique et, d’autre part, une démarche performative à travers des tableaux dans lesquels Gregory Buchakjian faisait habiter les espaces par des personnes et une vidéo où Buchakjian et Cachard donnent vie aux archives recueillies dans les lieux décrépis.

Une œuvre de Fouad Elkoury était également présente dans l’exposition et était accompagnée par la parution en édition limitée d’un texte d’Oliver Rohe.

« À nos yeux, Habitats abandonnés de Beyrouth est une exposition exemplaire. (…)
La proposition, très pérécienne (par l’attention aux lieux et le plaisir de l’inventaire),
est à la fois assez modeste pour ne pas assommer le visiteur et assez fournie pour le nourrir de multiples idées, pistes et pensées qui le hanteront longtemps après la fin de sa visite. »

Point Culture, décembre 2019
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